Lundi 28 novembre 2005 1 28 /11 /2005 11:12

Un article un peu long mais très intéressant pour tous ceux qui étaient peut être un peu découragés à la lecture de l'article sur le site d'Ideo...

Merci Cécile !

Le coton de la colère

par SIMON PETITE

Paru le Mardi 22 Novembre 2005

http://www.lecourrier.ch/modules.php?

INDE - Un Etat du Sud de l'Inde vient d'interdire plusieurs variétés 
de coton transgénique. Un premier pas vers un moratoire? Les milieux 
anti-OGM indiens suivront attentivement le vote des Suisses ce
dimanche.

Le gouvernement d'Andhra Pradesh a interdit trois variétés de coton 
transgénique. Le couperet est tombé en mai 2005. Les autorités de cet 
Etat du Sud de l'Inde - dix fois plus peuplé que la Suisse - ont fini 
par perdre patience. Elles réclamaient en vain des indemnisations à 
Mayco Biotech, filiale de Monsanto, pour les pertes subies par de 
nombreux paysans. Sur le banc des accusés, le coton Bollgard de la 
multinationale étasunienne, aussi appelé Bt, du nom d'une bactérie 
naturellement toxique. Les chercheurs en ont extrait un gène tuant le 
«Bollworm». Ce ver très vorace est le cauchemar des cultivateurs de 
coton. Le Bollgard, un produit miracle? C'est en tout cas ce qu'ont 
cru des milliers de paysans indiens.

Dès leur introduction en 2002, les nouvelles semences ont bénéficié 
d'une intense campagne marketing. Une star de Bollywood a été engagée 
pour vanter les mérites du produit. Sur les affiches, on voyait des 
cultivateurs tout sourire. A côté d'eux, un tracteur flambant neuf 
acquis grâce au coton transgénique.

La section indienne de Greenpeace a voulu en avoir le coeur net. L'un 
des paysans modèles était en fait un petit commerçant. Un autre a 
déclaré: «Avec les rendements du coton Bt, je ne pourrais même pas 
acheter les deux pneus d'un tracteur!»1


Paysans ignorants

«Monsanto a profité du désespoir des campagnes. En Andhra Pradesh, on 
ne compte plus les suicides de paysans endettés. Avant la révolution 
verte et l'imposition de solutions agronomiques toutes faites, les 
gens connaissaient les semences qu'ils utilisaient. La nouvelle 
génération ne sait plus rien. Elle est totalement dépendante de 
l'information donnée par les autorités et tombe dans le panneau des 
publicités mensongères», constate P.V. Satheesh, directeur de la 
Deccan Development Society (DDS). L'activiste était récemment de 
passage en Suisse sur invitation des oeuvres d'entraide.

De 2002 à 2005, la DDS a rendu visite aux exploitants d'Andhra 
Pradesh et comparé les performances du Bollgard avec celles du coton 
traditionnel. Verdict: les rendements du coton hybride ont été 
inférieurs de 8% et de 35% lors des années sèches. Contrairement aux 
promesses, les paysans qui ont opté pour le Bollgard ont utilisé 
autant de pesticides. Sur les trois ans étudiés, leurs revenus ont 
baissé de 60% et une partie de leurs sols sont devenus trop toxiques 
pour d'autres cultures.

La DDS a aussi réalisé un film. Sur fond de plants rachitiques, les 
paysans se succèdent devant la caméra, jurant qu'on ne les y 
reprendrait plus. On voit aussi des entrepôts de Bollgard incendiés 
par une foule en colère. «En Andhra Pradesh, le coton Bt a été 
utilisé par au moins 25 000 exploitants», estime P.V. Satheesh.


La contestation anti-Bt enfle

La fronde contre le coton hybride dépasse l'Etat d'Andhra Pradesh. La 
semaine dernière, des activistes ont accusé le gouvernement du Mayha 
Pradesh (Centre) de passivité. Dans cet Etat, le permis des trois 
variétés de coton bannies en Andhra Pradesh a été prolongé pour une 
durée de trois ans, rapporte The Hindu, le quotidien de référence du 
sous-continent.

Une vingtaine d'organisations indiennes viennent de lancer des 
missions d'évaluation dans cinq Etats de l'Inde (Andhra Pradesh, 
Pendjab, Madhya Pradesh, Maharashtra et Tamil Nadu). «Nous voulons 
mettre la pression sur les autorités pour qu'elles défendent les 
intérêts des agriculteurs», plaide Kavitha Kuruganti, du Centre pour 
une agriculture durable. Les premiers éléments recueillis lors des 
visites sur le terrain sont accablants pour le coton Bt.

Dans les milieux anti-OGM indiens, on suivra attentivement les 
résultats du vote de ce dimanche en Suisse. Un «oui» des Helvètes à 
un moratoire ferait réfléchir les Indiens, assure P.V. Satheesh. «Ces 
dernières années, la classe moyenne indienne a vu son pouvoir d'achat 
et son influence augmenter. Elle croit qu'il suffirait d'attirer 
davantage d'investissements étrangers dans le secteur agricole pour 
avoir le même boom que dans les nouvelles technologies. Les 
adversaires des OGM sont considérés comme archaïques. Le choix de la 
Suisse bousculera cette conception manichéenne», espère-t-il.

Le même combat en Suisse et en Inde? Sur le sous-continent, 
l'agriculture fait vivre 65% de la population. En Suisse, il ne reste 
plus que 60 000 exploitants. «Comme le montre l'histoire du coton Bt, 
le choix des semences est une question de vie ou de mort», prévient 
P.V. Satheesh.

L'activiste se défend d'être un anti-OGM primaire. «Il faut se rendre 
à l'évidence: en Inde, le coton Bt ne marche pas. Les parcelles sont 
trop exiguës et le gène de Monsanto ne s'attaque qu'à un seul 
parasite. Une fois ce dernier affaibli, d'autres prennent la relève. 

Des solutions alternatives existent, elles sont utilisées depuis des 
siècles. Comme planter des légumes au milieux des champs de coton. 
Les vers dévoreront les premiers et épargneront les seconds.»

Par Rachel - Publié dans : ideo
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